L’IA au travail : des heures plus longues, une qualité inférieure et un fardeau croissant

19

La ruée vers l’intégration de l’intelligence artificielle sur les lieux de travail pourrait avoir l’effet inverse. Une nouvelle étude de l’Université de Californie à Berkeley, publiée dans Harvard Business Review, révèle que si l’IA augmente initialement la productivité, elle conduit finalement à des journées de travail plus longues, à une diminution de l’équilibre travail-vie personnelle et, étonnamment, à une production de moindre qualité.

La poussée initiale, suivie du burn-out

Les chercheurs ont suivi environ 200 employés d’une entreprise technologique pendant huit mois, observant leur comportement avec des abonnements à l’IA au niveau de l’entreprise. Les conclusions sont sans appel : les employés qui ont adopté l’IA ont effectivement travaillé plus rapidement et ont assumé des tâches supplémentaires. Toutefois, cette « poussée de productivité » a eu un coût. Les travailleurs se sont par inadvertance surchargés en s’attaquant à des responsabilités qui auraient auparavant été déléguées ou carrément évitées.

Le principal problème est que les outils d’IA actuels ne sont pas un raccourci ; ils sont une extension du travail. Les non-développeurs ont désormais les moyens de « coder de manière dynamique » pour les projets, mais cette capacité n’élimine pas la charge de travail sous-jacente – elle la déplace simplement. Les employés se sont retrouvés avec plus de pain sur la planche, luttant pour maintenir leur équilibre.

Le problème du « Workslop » et la diminution des rendements

La sortie de l’IA arrive rarement soignée. Une étude distincte de 2025 a mis en évidence un problème croissant : les employés passent des heures chaque semaine à corriger des « travaux de travail », un contenu généré par l’IA de mauvaise qualité et truffé d’erreurs, produit par eux-mêmes et leurs collègues. Le rapport d’entreprise 2025 d’OpenAI n’a montré que des gains de temps modestes, en moyenne entre 40 et 60 minutes par semaine, même parmi les gros utilisateurs d’IA.

Cela signifie que les gains d’efficacité promis sont souvent compensés par la nécessité d’un examen et de corrections humaines approfondies. La commodité d’un accès permanent à l’IA exacerbe encore le problème. Les employés exécutent des requêtes pendant les pauses ou après les heures de travail, brouillant ainsi les frontières entre travail et temps personnel.

Intensifier le travail, pas le réduire

L’étude de Berkeley conclut que l’IA est plus susceptible d’intensifier le travail plutôt que de l’alléger. La disponibilité constante de l’IA crée l’attente de résultats plus rapides, même si les charges cognitives restent élevées. Avoir un « partenaire numérique » ne réduit pas la tension mentale ; cela ajoute simplement une autre couche de pression.

Prévenir l’épuisement professionnel par l’IA : un changement culturel

Pour éviter ces pièges, les chercheurs Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye suggèrent que les entreprises doivent donner la priorité à la connexion humaine, se concentrer sur la qualité plutôt que sur la vitesse et mettre en œuvre un « temps de concentration » dédié, sans interruption de l’IA. L’utilisation intentionnelle de l’IA – au travail comme en dehors – est essentielle pour éviter les abus et garantir des gains de productivité significatifs. Le véritable défi ne concerne pas l’outil lui-même ; il s’agit de la manière dont cela est intégré à la culture du lieu de travail.

L’étude suggère que l’IA sur le lieu de travail est moins une révolution qu’une évolution. Si elle n’est pas gérée avec soin, elle pourrait créer un avenir dans lequel les travailleurs seraient simplement plus occupés, et non dans une meilleure situation.